Etymologie participative : trouve un nom pour le prochain tyrannosauridé !
Auteur : Jean Loeuff
Non, je ne suis pas particulièrement obsédé par les tyrannosaures, est-ce ma faute si les revues scientifiques pullulent d’articles sur le plus vieux, le plus gros, ou le plus con des tyrannosaures ? Il faut bien que quelqu’un les écrive ces articles (pas moi, je le jure, je n’ai jamais commis un article scientifique sur un tyrannosaure et jamais cela ne m’arrivera, c’est une décision irrévocable…) et donc que quelqu’un les lise (moi) pour vous en causer.
Lithronax n’est pas le dernier anxiolytique à la mode, il fut probablement d’ailleurs un anxiogène en son temps. Non, c’est l’un des derniers-nés de la grande famille des tyrannosauridés ; et ses auteurs, suivant une longue tradition héritée d’Osborn, le papa de Tyrannosaurus en 1905, ont sagement jugé nécessaire de lui trouver un nom qui fait peur. Lithronax c’est donc « the king of gore » selon les gazettes, le roi du gore ou, selon les héllénistes, le roi du sang mêlé de poussière. Ça fait peur rien que de le lire.
Rappelons quelques-uns de ses prédécesseurs :
Tyrannosaurus rex, le roi des lézards-tyrans
Teratophoneus, l’horrible meurtrier
Bistahieversor, le destructeur de Bistahi
Tarbosaurus, le lézard terrifiant
Daspletosaurus, le lézard effrayant
Gorgosaurus, le lézard féroce
Zuchentyrannus, le tyran de Zucheng
Comme vous pouvez le constater le paléontologue ne déborde pas forcément d’originalité quand il s’agit de nommer un tyrannosaure mais il suit dignement une tradition plus que centenaire. Il faut bien mentionner quelques exceptions un peu consternantes : Albertosaurus c’est le lézard de l’Alberta, nom de genre assez insipide faisant référence au sinistre état canadien de l’Alberta (vous pouvez remplacer l’adjectif par « plaisant » si vous raffolez des champs de céréales longs de 50 km), compensé par le nom spécifique sarcophagus (mangeur de chair). Pire encore, le tout dernier a été baptisé Qianzhousaurus sinensis, le lézard chinois de Ganzhou, ville de la province du Jiangxi. Le plus tragique est que ce tyrannosaure à long museau a été surnommé par ses auteurs Pinocchio rex en raison de cette particularité anatomique… Pinocchio, et puis quoi encore ! Choupisaurus ? Les traditions se perdent, sacrebleu !
Le crâne de Pinocchio rex
Il est grand temps de distiller quelques conseils étymologiques à des collègues visiblement en mal d’imagination (Qianzhousaurus, non mais j’te jure…) : le tueur en série sanguinaire, l’horrible monstre dévoreur de gentils dinosaures, l’éventreur du Mésozoïque, l’empaleur du Montana ou le Landru du Crétacé…
Des idées ?
Référence :
Junchang Lü, Laiping Yi, Stephen L. Brusatte, Ling Yang, Hua Li & Liu Chen, 2014. A new clade of Asian Late Cretaceous long-snouted tyrannosaurids, Nature Communications 5, Article number: 3788 doi:10.1038/ncomms4788