Les fouilles
La fouille paléontologique du gisement de Bellevue n’est pas un espace romantique ou les squelettes de dinosaures apparaîtraient sous les simples coups de pinceaux. Il s’agit d’une entreprise qui s’apparente plutôt à un travail de carrier, de tailleur de pierres, voire de bagnard les jours de fortes chaleurs !
1/ Bellevue : le plus riche gisement de dinosaures de France
Depuis 1989, le Musée des Dinosaures organise chaque été une campagne de fouilles sur le gisement de Bellevue (Campagne-sur-Aude) à 3 kilomètres d’Espéraza.
Plus de 800 bénévoles se sont succédé sur ce site depuis son ouverture. Leurs travaux ont permis la découverte de plus de 4000 ossements de dinosaures, tortues, crocodiles, ptérosaures, oiseaux, ainsi que de végétaux et invertébrés.
En 2001, la campagne de fouilles s’est achevée sur la découverte d’un squelette quasi complet d’un dinosaure sauropode surnommé Eva, appartenant à l’espèce Ampelosaurus atacis.
2/ La géologie du gisement de Bellevue
Il y a 70 millions d’années, à la fin du Mésozoïque (ère Secondaire), la Haute Vallée de l’Aude était une plaine. Les montagnes des Pyrénées n’existaient pas, le paysage était uniformément plat depuis le Massif Central jusqu’au centre de l’Espagne.
De grands fleuves drainaient la plaine audoise et se jetaient dans la mer au niveau d’un important delta situé à l’emplacement de l’Ariège. La mer arrivait alors aux environs de Toulouse.
Le climat était tropical, de type mousson, avec une saison humide et une saison sèche. Toute cette région, de la Provence au Pays Basque espagnol, grouillait d’une vie intense.
Les plaines et les fleuves où vivaient cette faune abondante se sont fossilisés sous forme de roche, qui affleurent aujourd’hui dans la Haute Vallée de l’Aude : les grés et les conglomérats (roches formées de sable et de graviers consolidés) sont d’anciens lits de rivières ; les marnes rouges, qui donnent une couleur si particulière à la région, correspondent aux limons de la plaine alluviale ; les calcaires, enfin, qui forment les plateaux de la Haute Vallée, sont d’anciens lacs qui recouvrirent la région après la disparition des dinosaures.
C’est dans ces roches, déformées et redressées lors de la formation des Pyrénées, que l’on retrouve aujourd’hui les restes des dinosaures qui vécurent dans cet environnement il y a 70 millions d’années environ (durant le Maastrichtien, dernier étage du Mésozoïque).
Les squelettes de dinosaures morts durant la saison sèche, au bord des fleuves, furent emportés par des crues pendant la mousson. Les ossements disloqués se déposèrent en aval, dans un méandre, contre un banc de sables en suspension dans ces eaux tumultueuses. Ces sables préservèrent les os de dinosaures de la destruction et permirent leur fossilisation.
Depuis quelques milliers d’années seulement, l’Aude actuelle a creusé peu à peu sa vallée, entamant ainsi les couches géologiques anciennes qui contiennent les dinosaures. C’est grâce à cette longue histoire que l’on retrouve aujourd’hui des restes de dinosaures dans la Haute Vallée de l’Aude. (Voir Petite histoire du musée et du gisement)
3/ Initiation aux techniques de fouilles
Massettes (entre 1 et 1,5 kg) et burins sont les premiers outils utilisés sur ce chantier de fouilles pour creuser la roche. Sur le gisement de Bellevue où la roche est particulièrement dure, le travail peut se révéler éprouvant mais il est très souvent récompensé par l’apparition d’un fossile ou du moins d’une petite partie d’un fossile.
Lorsque le fossile apparaît, il faut remplacer les massettes et burins par des outils de plus petites tailles, des pinceaux et de la colle pour dégager la surface de l’os jusqu’à ce que ses contours soient bien identifiés. Attention, les fossiles sont très fragiles.
Une tranchée est ensuite creusée tout autour du fossile qui se retrouve perché sur un monticule de roche. Il ne reste plus qu’à lui confectionner une coque de plâtre dans laquelle il restera enfermé dans sa gangue de roche jusqu’à son arrivée au laboratoire.
Le fossile peut alors rejoindre le laboratoire sans risquer d’être endommagé.
4/ La liste des dinosaures découverts par l’équipe du Musée
- Tarascosaurus salluvicus : Le dinosaure de la Tarasque, ce dragon mythique qui vivait dans la vallée du Rhône et de Salluvii, les salluviens, peuplade gauloise des environs de Marseille. Il est originaire de Provence et du nord de l’Espagne il y a 70 millions d’années. Il a été décrit en 1991.
- Ampelosaurus atacis : Le dinosaure du vignoble de l’Aude originaire de Bellevue dans la Haute-Vallée de l’Aude où il vivait il y a 72 millions d’années. Il a été décrit en 1995.
- Variraptor mechinorum : Le voleur du Var en l’honneur de Patrick et Annie Méchin. Il a été décrit en 1998.
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Rhabdodon septimanicus : La dent cannelée de Septimanie, une mâchoire découverte à Montouliers dans l’Hérault a été décrite en 1991.
5/ Comment participer aux fouilles de Bellevue
Les équipes de fouilles sont entièrement bénévoles. Pour y participer il suffit :
- D’être âgé de 18 ans ou plus
- D’adresser un curriculum vitae et une lettre de motivation au directeur du Musée des Dinosaures à
Jean Le Loeuff (jean.leloeuff@dinosauria.org)
Les équipes de fouilles sont choisies durant le mois de mai. Les places étant limitées à 10 ou 15 personnes par semaine nous sommes obligés de refuser chaque année beaucoup de candidatures alors même que nous limitons à une semaine la durée de fouilles pour une première participation.
Pour les participants, seule l’adhésion à l’association Dinosauria est exigée (assurance) ; le logement et les repas sont à la charge du musée. |

Le gisement de Bellevue |
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Creusement de la tranchée autour des fossiles |

Humérus de titanosaure |
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Confection d’une coque de plâtre |
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Bien protégés, les fossiles peuvent rejoindre le laboratoire |
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