Le Dinoblog

La paléontologie dans tous ses états, par l'équipe du musée des dinosaures

Deinocheirus, l’antimanchot qui a retrouvé son corps

Le 24 novembre 2014 par Jean Le Loeuff

Antimanchot ? Ben voyons, le néologisme ne coûte pas cher sur le DinOblog soupirez-vous. Certes, c’est un tantinet limite comme substantif mais après tout ça ne gène personne que les physiciens nous saoulent avec de l’antimatière à longueur de temps. Et puis si vous n’êtes pas d’accord, dites-moi donc comment vous appelleriez une personne qui, suite à un accident, n’aurait conservé que ses bras ? Entendons-nous, quand j’écris « que ses bras », c’est vraiment que ses bras. Les jambes, le tronc et la tête ne sont plus là et on a donc l’exact contraire du manchot, d’où mon antimanchot. OK le pronostic vital du patient après un tel accident est très mauvais, je suis d’accord, mais souvenez-vous que ceci n’est pas un blog de chirurgie extrême mais un blog de paléontologie où la survie du patient n’a pas à être prise en compte sérieusement. Donc vous pouvez admettre avec moi, en attendant que le Petit Larousse nous emboîte le pas, qu’un antimanchot fossile est un organisme dont on ne connaît que les bras. Et le plus célèbre antimanchot de la paléontologie jusqu’à ce lumineux automne 2014, c’était Deinocheirus.

Deinocheirus mirificus pour être précis, soit l’horrible griffe inhabituelle selon l’étymologie délivrée en 1970 par ses auteures, les paléontologues polonaises Halska Osmolska et Ewa Roniewicz, fut découvert par les expéditions polono-mongoles en Mongolie en 1965. L’animal consistait en une paire de bras inhabituels en effet par leur longueur, deux mètres quarante ! Et pis c’est tout, et pendant près d’un demi-siècle ce fut tout. Peu de livres de vulgarisation sérieux des années 70 et 80 ont omis la photo de deux jeunes femmes toutes de blanc vêtues affairées autour d’un montage de ces deux très longues papattes. Quant au reste de la bête, il suscita supputations variées, étant généralement admis que Deinocheirus devait être une sorte d’ornithomimosaure géant. Son humérus de 94 centimètres étant nettement plus long que celui de son cousin Gallimimus (5-6 mètres de long pour un humérus de 53 cm) on pouvait s’attendre à une bestiole d’une dizaine de mètres de long, une sorte de double-Gallimimus comme il y a des double-cheeseburger. Certains observateurs enthousiastes y virent incontestablement les bras d’un paresseux dinosaurien qui devait se traîner à l’envers sous les grosses branches des forêts crétacées.

Deinocheirus avant

Et puis à force de fouilles paléontologiques menées par d’innombrables équipes choso-mongoles (belgo, canado, americano, nippo, coreo, etc., etc. Si à 50 ans t’as pas fouillé en Mongolie, t’as clairement raté ta vie de paléontologue, surtout quand tu es belge, canadien, américain, japonais, coréen, etc, etc.), les Coréens touchèrent le gros lot. Au lieu d’extraire un énième squelette de tarbosaure, du modèle de ceux vendu sous le manteau par les trafiquants de fossiles du monde entier, ils trouvèrent durant leurs campagnes de fouilles l’énorme squelette d’un Deinocheirus ! Grâce à ce nouveau spécimen on sait aujourd’hui à quoi ressemblait le corps de ces bras intrigants et le pauvre avait une assez curieuse allure : une grosse bestiole de 11 mètres au crâne édenté comme ses cousins, mais à la mâchoire se terminant en bec de canard tel le premier hadrosaure venu… Et puis un dos surmonté d’une crête triangulaire un peu zarbi… Enfin, à l’instar d’un vulgaire Baryonyx ou d’un Spinosaurus, Deinocheirus se nourrissait à l’occasion de poissons dont de nombreux restes ont été retrouvés dans son abdomen.

Deinocheirus maintenant

Derrière ces longs bras mystérieux au potentiel érotique incontestable (ou peut-être était-ce celui de ses petites monteuses ?) se cachait donc un gros patapouf à l’abdomen rebondi. Fallait-il le savoir ? Ne pouvions-nous demeurer avec dans un coin de notre esprit ce vaste et poétique mystère ? Hélas, la science paléontologique est implacable, contrairement au rugbyman, et n’a de cesse de répondre aux questions les plus saugrenues que personne ne lui posait…

référence :

Yuong-Nam Lee et al. 2014. Resolving the long-standing enigmas of a giant ornithomimosaur Deinocheirus mirificus. Nature 515, 257–260.

 

 

 

 

Facebook Twitter Email

Publié dans : Nouveautés

Les commentaires et les pings ne sont pas autorisés.

1 Réponses pour “Deinocheirus, l’antimanchot qui a retrouvé son corps”

  1. [...] Antimanchot ? Ben voyons, le néologisme ne coûte pas cher sur le DinOblog soupirez-vous. Certes, c’est un tantinet limite comme substantif mais après tout ça ne gène personne que les physiciens nous saoulent avec de l’antimatière à longueur de temps.  [...]

  2. Jacques PRESTREAU dit :

    Le graphiste lui a mis du rouge à lèvres?
    Il devait pas voir grand chose en marchant s’il oscillait tout le temps de la tête verticalement comme ça à chaque pas. Bonjour les migraines! Je l’imaginerais plus crédible avec une démarche de pigeon. Croyez-pas? Rien qu’à voir l’animation on se gondole avec lui. :)